Cher Corinthien,

Si je deviens un jour un orateur célèbre
et que mes beaux discours traversent l'océan,
je ne serai qu'un bruit qui s'échappe des lèvres,
si je n'ai pas l'amour, je ne suis que du vent.

Si je peux deviner le temps du lendemain,
si je peux expliquer le monde et ses mystères
et si, confiant en moi, je deviens surhumain,
si je n'ai pas l'amour, je devrais mieux me taire.

Quand j'aurais tout donné aux autres malheureux,
quand mon corps brûlerait de la douleur du feu,
s'il me manque l'amour, cela ne sert à rien.

L'amour est là, patient, comme une beauté calme,
prêt à servir encore en oubliant l'erreur.
Sans orgueil et sans haine et sans qu'il le proclame
il recherche le vrai, le juste et le bonheur.

L'amour pardonne encore et rend sa confiance,
endurant chaque jour, chaque nuit, d'espérance.
L'amour est éternel. Et le temps passera.
Ce qu'on dit de demain sera chose passée.

Le discours d'aujourd'hui, nul ne l'écoutera.
La masse du savoir sera toute effritée.
Quand tout sera fini, ce sera l'infini.
Le passé, le présent, le futur, imparfaits
feront place à jamais à l'univers parfait.

Quand j'étais un enfant, j'avais des mots d'enfant.
Je pensais simplement, je pensais sagement.
Et pourtant j'ai grandi. Si je vois mon image,
je ne reconnais pas l'adulte et son visage.

Je voudrais y voir clair, me sentir reconnu.
Et j'ouvrirais les yeux sur ce que j'ai connu.

Quand il ne reste plus sans espoir et sans foi
que l'amour à présent dans l'univers et moi,
si je ne suis plus rien, il restera l'amour,
si tout n'est que néant, reste encore l'amour.


D'après Paul, Première épître aux Corinthiens, 13. En écoutant la musique du film Trois couleurs BLEU de Zbigniew Preisner.

© Albert Davoine (1993) (5-444)

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