J'ai froid

Dans la nuit quand je songe à l'enfant affamé,
à mon frère qu'on tue à l'autre bout du monde,
à la femme qu'on souille au bordel d'à côté,
j'ai froid.

J'imagine les gens et leur pouvoir immonde,
gens d'affaire et de loi, gens d'armes et voleurs,
gens de faire et d'avoir, de si peu de valeurs.
J'ai froid.

Et dans la même nuit disparaît mon angoisse,
quand la petite fille endormie près de moi,
l'épouse faite mère, murmure son émoi :
" J'ai froid ! "

Cette plainte venant du plus profond de l'être
fragile et fatiguée qui partage mon lit
me distrait de mes peurs quand elle me redit :
" J'ai froid ! "

Je la prends près de moi et l'entoure et l'embrasse
et d'un brin de tendresse apaise sa douleur
comme si je soignais l'autre moitié du monde
du froid.


© Albert Davoine (1993) (5-449)

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