Guerre et paix

C'est comme une sourde colère endormie
Qui se réveille en entendant minuit
Sonner comme une cloche dans la tête.

La colère qui gronde au loin comme un canon
Que l'enfant craint encore après un demi-siècle
Et qui l'a rendu sourd au chant de l'hirondelle.

La colère assourdie, comme étouffée dans l'âme
Brûle de ses tisons, le corps et la raison
De l'homme aujourd'hui sage.

Le prix de la sagesse est-il si dévorant
Qu'il déchire le ventre et cogne dans la tête
Quand on renonce aux cris et qu'on ouvre le poing ?

Si la main reste plate et jointe sur sa sœur
Ou tendue en avant, la paume vers le ciel,
Alors que dans le cœur éclate la vengeance ?

Si de l'œil courroucé n'émerge qu'un regard
Tolérant et patient devant le monde injuste
Alors que des éclairs allumeraient des feux ?

Si de la bouche enfin ne fuit que le silence
Et qu'un appel au calme en face de la guerre
Alors qu'on assassine et l'esprit et les corps ?

Alors quelle sagesse est-elle raisonnable
Quand la passion du bien, du juste, et du vrai
Provoque au sein de l'homme une lame de fond ?

Une vague qui roule et emporte avec elle
Tous les ménagements du distingué confrère,
Toutes les prévenances du père attentionné.

Un reflux d'émotions qui disperse aussitôt
Les châteaux forts de sable édifiés par amour
Sur un îlot de paix au large de l'espoir.

La colère du juste est-elle la sagesse ?
Quand le feu brûle encore est-il sage de taire
Le cri de désespoir et celui de vengeance ?

Et l'homme vertueux reste-t-il sourd-muet
Quand le canon dégueule et que la bête immonde
S'abreuve sans pitié du sang des innocents ?

Le juste souffre en vain de ne pouvoir tuer
L'injuste qui le tue. L'homme de bien se tait
Quand vocifère encore un être malfaisant.

Mais le prix du silence est dans la déchirure
Et le renoncement. C'est la blessure intime
Du soldat de l'espoir, du guerrier de l'amour.


ã Albert Davoine. Mars 1995. 6-490

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