Pardonner

Pardonner c'est donner au-delà de donner.

Il nous faut pardonner les mots durs de la mère,
pardonner les éclats, les silences du père,
pardonner à sa sœur, pardonner à son frère,
me pardonner à moi, mon erreur d'être humain.

Accepter d'être faible et parfois vulnérable
accepter de devoir parfois quitter la table
et de ne plus pouvoir rien faire que dormir.

Être un homme qui dort pour mieux se souvenir
des craintes éloignées, des espoirs affaiblis,
des pas sur le côté de la route de vie
et des mots et des cris, des silences blessants.

Dormir et s'éloigner en fuyant dans le temps
pour se retrouver seul encore plus vivant
et renaître au réveil, un peu désenchanté
mais avec le courage encore de chanter.

Chanter du fond du cœur, laisser venir le vent,
qui remonte en silence au creux de notre chair
et recueille au passage une note de joie,
un soupir d'espérance, une clé de tendresse
et qui surgit enfin dans l'éclair d'un sourire
et dans le lien tissé du regard amoureux.

Le regard différent que l'on pose sur soi
et qui cherche dans l'autre un écho du plaisir.
Un regard de pardon, de respect de l'humain,
de tendresse incrédule aux yeux de la souffrance.

Le seul regard possible à qui veut voir demain
le lendemain d'espoir et de douce clarté :
la fille qui se lève et se met à danser,
le pauvre qui reçoit l'aumône du miracle,
le grand-père qui berce un tout petit enfant,
et l'adulte qui marche au cri de liberté.


© Albert Davoine (1992) (4-324)

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