Paternité

C'est au petit matin,
quand la nuit des vivants fait place
au crépuscule des dieux,
quand les divins enfants de la Terre
encore endormis sous leurs draps de misère
respirent en silence la paix des souvenirs, ou l'angoisse des rêves.

C'est à ce moment là
que se lève le père, l'homme, le boulanger,
celui qui cuit le pain.

Il songe à l'avenir et prépare la pâte,
au petit matin calme, avant que la musique
anime le silence.

Quand le seul mécanisme est celui de l'horloge
et que seul est présent
le temps d'être aujourd'hui.

Être et vivre l'instant
en pétrissant la pâte, en façonnant le pain,
ou l'idée, ou la chair, que l'autre détruira,
de ses mains, de ses dents,
pour tout réduire à rien
d'autre que des miettes.
Le pain qui, digéré, s'élimine et s'oublie.

Il prépare le pain, comme on donne la vie
à l'autre, pour donner.
Pour donner et aimer, aimer et oublier,
aimer et s'oublier, et laisser des miettes,
se répandre et semer dans le vent.


© Albert Davoine (1991) (3-216)

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