Le regard perdu

Je les ai vus hier, maigres et malheureux.
Il la reconduisait à l'arrêt d'autobus.
Je ne connais rien d'eux, ils ont marqué ma vie.
Car j'ai souffert de froid en les sentant frileux.

Avant de la quitter, il lui a acheté
un lait au chocolat. L'autocar est passé.
Il s'en est retourné. Son regard vagabond
a croisé mon chemin et causa mon chagrin.

J'ai mal de voir mon frère égaré, séparé
de la fille qu'il aime, pauvre enfant de la ville.
Au delà de l'aspect négligé de leurs fripes,
je n'ai vu que l'humain. J'ai senti dans mes tripes

la douleur du départ et du froid de l'hiver,
la faim du miséreux et le bruit de la guerre
et le regard perdu des hommes qu'on atterre.
J'ai brûlé tout mon corps des malheurs de la Terre.

Et j'ai pleuré longtemps, ne sachant plus quoi faire.


ã Albert Davoine. Février 1996. 7-674.

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