Papa, tu es mon idole !

Hier soir, à la suite d'une autre discussion familiale durant le souper, mon fils a dit à la blague mais avec un soupçon de vérité dans le regard : " Papa, tu sais bien que tu es mon idole !"

Sur le moment, l'effet de ses paroles fût assez agréable, on résiste mal à un bon compliment, même déguisé. Mais en quittant la maison pour une réunion en soirée, j'ai ressenti une sorte de malaise, d'inquiétude.

Il m'est apparu soudainement que toutes les idoles, dont j'ai eu connaissance, avaient terminé leur carrière en étant détruites par ceux-là même qui les adoraient. La destinée d'une idole, c'est sa destruction.

Veaux d'or, empereurs, führers, petits-pères-du-peuple, tout y passe tôt ou tard, on déstalinise tout.

Je sais que mon cégepien de fils a lu mes Lettres de Relance, car il m'a fait lire l'autre jour une de ses dissertations dans laquelle j'ai pu flairer des relents de ma cuisine littéraire. J'ai donc décidé de lui répondre ici, et de vous en faire part.

Les idoles permettent malheureusement aux sociétés de stagner, de démissionner, le temps qu'elles se décident à s'en débarrasser pour reprendre en mains leur propre destinée.

En effet, en donnant notre or, notre droit de vote, notre droit de refus, à un système ou à un homme à qui nous vouons un culte de la personnalité, nous retombons collectivement en enfance.

L'enfance est ce passé douillet où nos pourvoyeurs de soins maternels et paternels avaient le devoir, et le pouvoir, de prendre des décisions à notre place, le temps de nous affranchir, de faire de nous des êtres humains libres et autonomes.

Le chef d'entreprise, qui soigne son image d'idole, joue un jeu dangereux : il bloque subtilement tout questionnement, toute tentative d'agir autrement. Il freine le développement.

Au contraire, comme me disait un ami : " Le chef qui veut vraiment faire avancer les hommes et les choses joue low-profile." Et un autre m'avouait que son entreprise comptait : " 147 personnes, dont 146 vice-présidents et 1 préposé à l'accueil."

Peut-être serait-il bon de se rappeler, à l'occasion de Noël, qu'un homme a déjà existé. Il se disait le fils de l'homme. Certains en ont fait un Dieu. D'autres en ont fait une idole : le genre de truc à qui on adresse de belles prières en gardant les mains dans ses poches.

Cet homme, en trois ans, a été à l'origine d'une entreprise multinationale qui fonctionne encore malgré tout depuis bientôt deux mille ans. Il n'a jamais rien écrit. Il a laissé à d'autres le soin de mettre sur papier ses principes de marketing, de service à la clientèle et de leadership avec mission de les mettre en pratique.

Voici ce qu'il disait notamment à ses représentants : " Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris..."

Un ami c'est un autre être humain, différent de vous, fort quand il vous aide, vulnérable quand vous l'aidez, et qui suit le même chemin que vous, sans que son ombre vous cache.

Un chef, au lieu d'être une idole, peut-il être un ami ?


©Albert Davoine : LR1989-12

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