Intuition et connaissance de soi

            Lors comité de direction, un des participants demandait : « Comment faire pour décider finalement de la meilleure option ? »  La réponse fut surprenante : « Moi je pense avec mes pieds et mes pieds me disent quoi faire». Le président expliqua, qu'avant de faire un choix, il prenait le temps de respirer et de vérifier mentalement l'état de ses orteils dans ses souliers. Si les orteils étaient recroquevillés, il refusait ou reportait la décision, s'ils étaient détendus, il approuvait. 

            Revenons à cette occasion sur un aspect du fonctionnement de l'intelligence humaine : l'intuition. Parce qu'elle fût longtemps considérée comme une qualité féminine, le mâle dit rationnel s'est souvent méfié de l'intuition. 

            Et pourtant, nous savons tous que la conclusion d'une vente se fait dans la tête du représentant, avant même d'entrer chez le client. Le vendeur qui « sait » qu'il va vendre, vend. 

            Notre cerveau fonctionne comme un ordinateur (ou plutôt, les ordinateurs que l'homme a construit, suivent les schémas de ce que l'homme connaît de l'intelligence humaine). L'ordinateur, après qu'on y ait entré les nombreuses données, affiche le résultat sur l'écran en une fraction de seconde. Tout y a été par magie recalculé, reclassé, réécrit. 

            Pourquoi faisons-nous donc confiance à l'ordinateur ? Parce que nous avons installé dans la machine un programme fiable et que nous y avons entré avec soin des données pertinemment choi­sies et vérifiées. 

            Notre cerveau travaille au moins dix fois plus vite que nous parlons. Il continue même de travailler pour nous la nuit quand nous rêvons : il trie, évalue, replace, élimine une foule d'informations et d'impressions que nous n'avons pas eu le temps d'assimiler à l'état de veille. Il fait son propre ménage. Et le matin, la solution nous apparaît simple et claire. 

            Pourquoi faire confiance à notre intuition ? Parce que nos valeurs, nos objectifs, nos façons d'être et de faire, notre formation et notre expérie­nce sont autant de « sous routines programmés » que notre « mémoire centrale » est habituée à utiliser et à consulter sans même nous en avertir. 

            L'exercice quotidien de la connaissance de soi nous amène à prendre conscience de nos valeurs, de nos attitudes et de nos façons de penser et d'agir. Il en résulte une plus grande confiance en soi, un sens critique plus professionnel et un gain de temps appréciable dans la prise de nos décisions. 

            En réalité, pendant que la discussion se poursuit autour de la table, notre cerveau a perçu subconsciemment dix fois plus d'informations « entre les lignes » : le ton, l'attitude générale, le comportement des gens, la chaleur humaine... Et il analyse tout cela, reclasse, compare, évalue... 

            Si nous avons bien programmé en mémoire ce qui est vraiment impor­tant pour l'avenir de notre entreprise, si nous connaissons bien nos propres façons de faire en relation avec nos clients, nos fournisseurs, nos collaborateurs, si nous savons qui nous sommes, ce que nous voulons dans la vie et comment nous nous y prenons habituellement pour réussir, le plus souvent, à moins d'être fatiguée ou surchauffée, notre « bonne vieille machine » va nous donner la solution assez vite. 

            Comment savoir quelle décision prendre ? Après avoir eu recours consciencieusement aux recherches formelles, aux analyses professionnel­les, aux comités de stratégie, on ne devrait pas négliger de laisser travailler notre ordinateur portatif, celui que nous transpor­tons chaque soir sur nos épaules pour le coucher sur notre oreiller. 


©Albert Davoine : LR1989-11

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