Je veux ça !

Vos cadres sont insatisfaits, d'autres vous quittent. Pourquoi ? Vous payez déjà à vos employés et à vos cadres des rémunérations qui se comparent favorablement à celles qui sont octroyées chez vos concurrents et dans les entreprises voisines de votre région. Et malgré cela, c'est toujours la même question de la paye qui revient sur le tapis quand ils discutent entre eux et quand la directrice des achats, le contremaître aux expéditions ou la technicienne en informatique vous annoncent leur départ de l'entreprise que vous dirigez. Que se passe-t-il ?

" Je ne peux pas les payer plus cher, on est une P.M.E. S'ils ne sont pas heureux, c'est aussi bien qu'ils s'en aillent. Ils feront sans doute mieux ailleurs. De toutes façons, pour ce qu'ils produisaient depuis les six derniers mois, c'est aussi bien comme cela. Je pourrais même en profiter pour ne pas les remplacer puisque leur département fonctionnait assez bien malgré leurs absences fréquentes et leur manque d'efficacité au travail. "

Vous êtes inquiets, frustrés d'avoir gardé ces gens-là si longtemps à votre service sans vous rendre compte qu'ils n'étaient là au fond, selon vous, que pour la paye. Alors que vous, vous mettez des heures et des heures dans votre affaire, vous êtes obligés de tout contrôler parce que vous êtes le patron et vous y avez même sacrifié une bonne part de votre santé et de votre vie de famille.

Vous en avez assez. Un de vos amis vous a dit de prendre des vacances : " Il rêve en couleurs, il ne sait pas ce que c'est que l'entreprise privée. Qui est-ce qui va diriger tout ce monde là ? De toutes façons, ils vont me téléphoner au chalet cinq fois par jour." Finalement, vous songez même à vendre votre entreprise.

 

Nous entendons et nos lisons trop souvent que l'entreprise privée ou publique manque de relève, que le stress tue les dirigeants et que le personnel est démotivé ou épuisé professionnellement. En bref, diriger une entreprise devient un jeu de fou, du masochisme. Il n'y a plus de leadership possible.

Nous manquons effectivement de leaders, dans l'entreprise, dans les organisations, au gouvernement. Notre évolution culturelle nous a amené à nous méfier du titre de chef, tellement que nous empruntons le mot anglais leader pour désigner celui ou celle qui remplit ce rôle dans un groupe. Nos instincts démocratiques sont sains mais les spectres des Hitlers sont toujours présents dans notre subconscient (et c'est bien ainsi). Abandonner l'image du chef écrasant, abandonner les attitudes et les comportements du self-made and one-minded man jouant son show en solo, c'est s'adapter au progrès de la civilisation au respect de l'humain, au développement des libertés démocratiques.

 

Mais alors qu'est-ce qu'un chef en démocratie ? Qu'est-ce qu'un leader, une présidente, un directeur ? Une secrétaire de direction, Louise, nous a répondu : " Un président, un chef, c'est quelqu'un qui ne connaît que trois mots : JE VEUX ÇA ! Surpris par une réponse aussi catégorique de la part d'une personne mature, libérée, affranchie, nous avons demandé des précisions qui ne se sont pas fait attendre :

 

Le chef est celui ou celle qui a commencé par se connaître soi-même et qui a atteint une autonomie psychique, une maturité affective, une compétence rassurante qui lui permet de dire " JE " avec confiance en soi, respect et ouverture aux autres. Le chef est lui-même.

 

La volonté du chef est l'incarnation de la volonté de l'équipe. Le chef sait jouer pleinement son rôle d'animateur d'une équipe de direction. Il écoute, rassemble, suscite la créativité, replace tous et chacun devant leurs engagements et leurs responsabilités. Il observe, il se tait. Il est présent et crée le climat de confiance nécessaire à l'épanouissement de chacun et au développement de l'organisation. Il est patient. Il travaille avec le temps. Et ce qu'il ou elle " VEUT " c'est " ÇA ". Il ou elle veut continuellement l'objet du consensus du groupe. Il fait préciser et préciser encore l'objectif de l'entreprise avant chaque prise de décision des gestionnaires. Son autorité et son pouvoir proviennent du fait que chacun reconnaît en lui ou elle le gardien de la mission de l'entreprise. Il inspire le respect par son désintéressement personnel et par le regard respectueux qu'il pose sur chaque personne, cadre, employé et client.

 

Le chef ne fait rien. Il agit. Il est une présence rassurante à tout moment. Aux questions des gestionnaires, le chef leur demande leur réponse à eux : " Comment ferais-tu toi ? Et pourquoi ? Et est-ce un moyen d'atteindre l'objectif commun, de respecter le sens, la mission de l'entreprise ? Alors, fais-le ! "

 

Jusqu'au jour où le chef se rend compte qu'il a rempli sa mission de chef, celle de fabriquer la relève, de créer des hommes. Et que parmi ces hommes et ces femmes il y a un nouveau chef d'équipe. Le chef peut alors se désengager au plan affectif, accepter de vieillir et ajuster ses interventions, adopter un rôle social différent approprié à son projet de vie.

 

Le chef est un éducateur. Il prend par la main et conduit, ailleurs, plus loin. Le souvenir du maître qui sourit devant l'élève qui le dépasse, reste longtemps gravé dans la mémoire de l'homme.


©Albert Davoine : LR1991-05

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