Le chef, une présence rassurante

Les spéculateurs nous annoncent un début de millénaire de récession économique et de mondialisation bouleversante. Pendant qu'on discute dans certains salons du taux d'intérêt des banques centrales, des dangers du libre-échange et de la bourse en crise, on développe chez nombre de nos "intervenants" et "décideurs" ce sentiment de peur qui engendre l'hésitation, l'attentisme, la remise à plus tard des décisions fondamentales et des actions essentielles. On invoquera bien entendu la prudence dans l'attente d'une analyse scientifique convaincante de nos perspectives économiques gagnantes.

Et une des conséquences de ces états d'âme de nos braves gestionnaires est que les yeux qui les regardent reçoivent jour après jour la confirmation que ça va mal, que ça ira mal et qu'il est temps de s'inquiéter avec raison.

Le climat moral de l'entreprise passe donc de variable à franchement nuageux avec possibilité d'orage en fin de journée. Rappelons-nous cependant du vendeur qui sortait spécialement les jours de pluie pour aller rendre visite à ses clients : notre bonhomme faisait des affaires d'or avec les acheteurs étonnés et même heureux de recevoir de la visite un jour de déprime nationale...

Il nous faut repenser le rôle du chef d'entreprise, du leader, quand on annonce des années de vaches maigres ou folles : un chef, c'est avant tout une présence rassurante. Mais nous avons trop souvent abdiqué de notre rôle de leader. Nous sommes devenus de bons gestionnaires, c'est tellement plus raisonnable, scientifique, et acceptable dans une société qui se veut démocratique.

Le leader est une personne essentiellement présente. Le chef démocratique détient son autorité du fait qu'il ou elle a su rallier le consensus des gens autour des valeurs fondamentales, autour d'une mission d'entreprise. Le chef incarne donc ce qu'il y a de plus fragile, de plus invisible, de plus essentiel : le sens de l'entreprise.

Cela demande de la part du chef une énergie considérable pour maintenir d'abord cette confiance lucide en lui-même et dans les autres, malgré et à travers les événements.

Le chef a appris à se connaître (humblement, il apprend encore chaque jour). Il connaît ses forces, ses points de repère, ses moyens privilégiés de récupération et d'action. Il sait utiliser avec discernement ses différentes façons de faire.

Le chef s'est fixé un but dans la vie. Sa vie a pris un sens dans lequel l'ouverture et le souci des autres ont une place importante. Et les autres le savent, le sentent à travers un comportement cohérent avec son discours.

Le chef fait confiance. Il ramène constamment le sujet des préoccupations, l'ordre du jour des discussions, la complexité des prises de décisions écartelées, il ramène toujours et encore à l'essentiel. Pourquoi sommes-nous en affaires ? Et comment réussissons-nous le mieux ? Quel est notre objectif ? Quelles sont nos forces ?

Ce chef-là ne délègue pas du bout des lèvres, il délègue dans les faits. Le regard qu'il pose sur ses collaborateurs, où qu'ils se situent dans l'entreprise, est un regard de respect qui fait grandir la personne humaine et l'aide à devenir autonome, responsable et compétente. Le chef engendre des chefs.


©Albert Davoine. LR1989-06

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