Tout est dit, rien n'est compris

Quand le philosophe Alain écrit: " Tout est dit, rien n'est compris ! ", il nous amène à réfléchir aujourd'hui sur la vanité de nos efforts de communication, sur la faiblesse de notre pouvoir de persuasion, sur l'angoisse du chef, du parent, de l'éducateur.

Qu'en est-il de notre pouvoir de changer les autres, de leur faire accepter des idées, des connaissances nouvelles, de modifier leurs sentiments de peur et de haine, de les faire agir autrement, dans le sens du bien qui leur convient à eux et à la société ?

Le monde est ainsi fait que depuis bien longtemps la caravane humaine se compose toujours de pères et de fils, de maîtres et d'élèves, de chefs et d'équipages. L'un ne va pas sans l'autre et les temps de la vie amènent l'un et l'autre à montrer le chemin ou suivre un compagnon. L'ancien mène le jeune et le jeune le pousse. Le médecin parfois est aussi le patient…

Avec des mots nouveaux on parle d'excellence. La qualité totale est entrée dans nos mœurs. Les plans, les séminaires et les slogans de l'heure nous font croire un instant que le monde a changé. Mais il reste qu'au fond personne n'a compris : le message est passé, l'action n'a pas suivi.

Le chef de l'entreprise est venu me revoir. Il ne comprend plus rien, il est au désespoir : «Nous avons investi des heures et des dollars dans la formation, dans l'approche nouvelle. Cela n'a rien donné, le monde se querelle, les vendeurs sont blasés, les clients nous rappellent pour se plaindre encore plus, et moi je n'en peux plus !»

Et je regarde l'homme, je l'écoute et je vois qu'il hésite entre l'affrontement et la fuite devant les paresses, les tâtonnements et les sabotages des gens même de son entreprise.

On a pourtant tout expliqué, on était tous d'accord, le plan devait marcher...

On a peut-être encore oublié de comprendre que l'espoir de l'humain se nourrit de tendresse. Le jeune enfant hésite à faire le premier pas, c'est la mère qui rit et l'attire dans ses bras. Le visage de l'autre est un signe d'espoir quand changer nous menace, quand on risque la chute. L'espoir peut se donner dans le simple regard, dans la main qui s'approche, dans l'essai d'un sourire. C'est ce que font les mères, c'est ce que fait le maître.

Pour passer à l'action, faire un pas, et changer, l'homme a besoin d'espoir, et le chef peut l'aider. L'entreprise, l'équipe a besoin de comprendre qu'au delà des mots d'ordre, bien au delà des plans, que le chef est présent, qu'il marche avec le temps.

On peut dire des mots, formuler des souhaits, tracer des plans d'action, dessiner des projets, mais faire comprendre à l'autre que le chemin nouveau, que le changement de cap pour faire face au vent, est la voie qu'il faut suivre, faire accepter le risque et défier la peur, c'est cela qui exige un peu plus de silence, un temps pour le regard, un geste de la main, et l'ombre d'un sourire.


©Albert Davoine : LR1992-04

Accueilwww.davoine.ca

Merci de votre visite. Au revoir !